Chronique de mars 2008 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

« Le jeune enfant face à la maladie terminale d’un parent  »

Nous allons aborder aujourd’hui un sujet difficile mais dont il est nécessaire de parler : comment aider un jeune enfant (entre 3 et 8 ans) face à la maladie terminale d’un parent ?

La première question qui vient à l’esprit est : est-ce qu’on doit d’ailleurs lui en parler ? Et pourquoi est-ce important ?

Je crois qu’il est indispensable que le parent parle à l’enfant de sa maladie, le plus tôt possible, en la nommant explicitement (par exemple : « C’est un cancer ») et en la lui expliquant avec des mots qu’il peut comprendre. Si l’enfant ignore tout de la maladie et qu’il apprend, du jour au lendemain, que son parent est en fin de vie, c’est d’une extrême violence. Il a donc besoin d’être préparé en amont. Il faut qu’il sache que son parent est malade et que cette maladie est grave. De plus, l’enfant n’est pas stupide : il sait intuitivement que quelque chose se passe. De là, si on ne lui dit rien, son imagination risque de prendre le relais et il est capable d’imaginer des scénarios mille fois pire que la réalité.

Qu’est-ce que le parent peut dire à son enfant ?


Quand la maladie commence à s’aggraver, le parent doit donner à l’enfant des informations qu’il peut « digérer », par petites doses, pour qu’il s’ajuste progressivement à la situation. Mais je crois qu’il faut être beaucoup plus direct quand la mort est proche. Il voit bien que la santé du parent se dégrade mais il a parfois tellement peur qu’il n’ose pas en parler spontanément. On doit donc lui expliquer que le traitement ne marche plus et que la maladie progresse. On peut aussi lui demander ce qu’il en pense, ce qu’il comprend, lui, de la situation et comment il imagine que les choses vont se passer.


Quand doit-on parler à l’enfant de la mort à venir ?


Il faut comprendre que la perception du temps chez l’enfant n’est pas la même que chez l’adulte et on sait que l’enfant peut avoir beaucoup de mal à gérer des mois d’angoisse dans l’attente de la mort de son parent. Il faut donc lui parler de la maladie, au jour le jour et c’est seulement quand on est certain que l’issue va être fatale (dans quelques jours ou une semaine) qu’on peut commencer à l’amener à la conscience de cette mort à venir.


Oui, mais cela peut être extrêmement difficile pour le parent d’aborder le sujet…


Bien sûr. C’est certainement la chose la plus difficile pour un parent. Mais j’insiste : on ne le protège pas par le silence. Il a besoin de savoir.


Comment aider le jeune enfant quand la maladie évolue ?


Il a fondamentalement besoin de comprendre ce qui se passe et de savoir qu’il est aimé. De là, il ne faut pas hésiter à aller très régulièrement au devant de lui et l’interroger sur ce qu’il ressent, en lui répondant du mieux qu’on peut. Il a aussi besoin de passer le plus de temps possible avec son parent malade – si son état le permet. En même temps, l’enfant reste un enfant et il faut s’assurer qu’il continue à vivre pleinement sa petite vie d’enfant, avec ses jeux, ses amis et son insouciance… C’est certainement difficile pour le parent en bonne santé qui doit tout gérer en même temps, mais il lui donne là clairement ce qui lui est nécessaire.


Est-ce qu’il est souhaitable que l’enfant voit son parent dans ses derniers temps de sa vie ?


Si cela est possible, je crois que c’est souhaitable, mais pas au moment du décès. Cela peut être trop traumatisant pour lui. Si on peut l’identifier comme telle (ce qui n’est pas évident), la dernière visite est un moment essentiel pour que l’enfant et son parent se dire au revoir.

Un point important : si cela fait longtemps que l’enfant n’a pas vu son parent malade, il faut prendre du temps pour lui expliquer ce qu’il va voir. Car il peut être choqué, si on ne le prépare pas.

Donc, si cette dernière visite peut se faire, c’est bien de ne pas en priver l’enfant, même si c’est douloureux. C’est un moment où il ne faut plus avoir peur des mots – mots de vérité et des mots d’amour parce que c’est ça qui va rester graver dans son cœur. Il en aura besoin de ses souvenirs, plus tard, pour se reconstruire.


Est-ce grave si cette dernière visite n’est pas possible ?


Non, bien sûr. C’est juste important. Il se peut d’ailleurs que le parent en fin de vie soit trop mal en point ou qu’il ne veuille pas que son enfant le voir ainsi et c’est à respecter, mais sans lui faire part de ce refus à l’enfant qu’il pourrait interpréter comme un rejet.

Ceci dit, certains services hospitaliers n’acceptent pas la venue de jeunes enfants. Néanmoins, si l’enfant souhaite vraiment voir son parent, je crois qu’il est important, malgré tout, d’essayer de négocier sa visite avec l’équipe soignante.


Est-ce qu’il va y avoir des conséquences à long terme du fait de perdre un parent à un si jeune âge ?


Le deuil de l’enfant est un sujet très vaste et je vous propose de l’aborder dans une prochaine chronique.

Ce qu’on peut dire néanmoins, c’est que plus l’enfant aura eu la possibilité d’accompagner son parent dans la maladie, en étant proche de lui, plus il aura de chances de traverser le plus harmonieusement possible le temps du deuil.

Sur le long terme, l’expérience montre qu’il ne faut pas s’inquiéter. Le jeune enfant a cette incroyable capacité d’intégrer en lui le décès de son parent, sans que cela ne nuise à son avenir. S’il est, à son tour, bien accompagner dans cette épreuve de vie précoce, il va, comme tout enfant, faire preuve de résilience, qui est ce potentiel de tout être humain à dépasser des événements de vie douloureux. Ainsi, même si l’enfant perd très jeune un parent, on peut affirmer qu’il y aura, malgré tout, du bonheur pour lui dans cette vie.